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RDC : L'opération Kimia II, un désastre humanitaire
L'opération Kimia II menée depuis le début de l'année pour obtenir le désarmement des milices FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) semant la terreur en République démocratique du Congo est loin d'avoir obtenu le succès escompté. C'est en tout cas ce que dénonce, lors de l'appel lancé le 13 octobre 2009, la Congo Advocacy Coalition (CAC), réunion de 84 ONGs formée en juillet 2008 pour faire entendre la voix des civils congolais et plaider pour une meilleure préservation des droits humains.
La République Démocratique du Congo est le théâtre, depuis une quinzaine d'années, de violents affrontements entre diverses milices armées, parmi lesquelles le FDLR, et les forces armées gouvernementales.
Les FDLR sont une émanation du Hutu power rwandais, qui a officié pendant le génocide au Rwanda en 1994 et pendant la seconde guerre du Congo (1998-2003).
Nombre des combattants du FDLR sont des interhamwes[1] qui ne peuvent rentrer au Rwanda, par crainte de poursuites judiciaires.
Ces interhamwes sont arrivés au Zaïre (devenu République démocratique du Congo en 1997) avec leurs armes et machettes, dont ils usent et abusent pour commettre les pires exactions à l'encontre des villageois congolais : vols, viols, pillages, incendies de villages, enlèvements, tortures, assassinats sont leur lot quotidien.
Les milices rivales commettent également ce type d'exactions et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ne sont pas en reste.
Le gouvernement congolais a entrepris, avec le soutien de l'ONU et de la MONUC (Mission de maintien de la paix des Nations Unies au Congo), de désarmer et dissoudre les milices FDLR, par l'intermédiaire des FARDC.
Cette opération militaire, baptisée « Kimia II », a débuté en janvier 2009.
Kimia II
Mais loin de forcer les milices à rendre les armes, l'opération Kimia II n'a fait que rendre la situation des populations civiles, déjà fortement obérée par des années de conflit, encore plus difficile. Le bilan coût/avantage de l'opération est loin d'être en leur faveur : pour chaque combattant rebelle désarmé au cours de l'opération, un civil est tué, sept femmes et filles sont violées, six maisons sont réduites en cendres, et 900 personnes sont forcées d'abandonner leurs maisons.
Les populations civiles sont victimes à la fois de représailles de la part des milices FDLR, qui appliquent la politique du « avec nous ou contre nous », et d'exactions commises par les FARDC, composées de militaires sous-payés et sous-alimentés. Ce sont les femmes qui paient le prix le plus fort. Les violences sexuelles, qui constituent un problème majeur dans la région, ont très largement augmenté, en nombre et en intensité, dans les communautés affectées par Kimia II. Immaculée Birhaheka, de l'ONG Promotion et Appui aux Initiatives Féminines (PAIF), membre de la CAC, le confirme : « Nous constatons davantage de cas de mutilation, d’extrême violence et de torture dans les violences sexuelles commises contre les femmes et les filles, et un bien plus grand nombre des victimes sont des enfants ».
La CAC estime que, si le désarmement des FDLR est nécessaire, il ne doit pas se faire au détriment des populations civiles, et que la MONUC, qui apporte un soutien logistique aux FARDC, doit davantage travailler à garantir leur protection, y compris contre les FARDC, quitte à leur retirer son soutien si aucune amélioration n'était constatée.
Le sort réservé aux populations civiles ne doit pas être « le prix à payer » pour obtenir la paix.
Les responsables de la MONUC conviennent qu'il est urgent d'améliorer la situation des populations congolaises. D'où la mise en place de nouveaux mécanismes de protection pour faire face à la recrudescence des attaques contre les civils, notamment des bases mobiles aux endroits les plus sensibles de la région.
Mais le problème majeur de la population civile congolaise est l'impunité dont jouissent les combattants de tous bords : à qui se plaindre si ceux qui commettent les exactions (les FARDC) sont aussi ceux qui sont censés la protéger ? Et pourquoi se plaindre si les autorités judiciaires ne prennent pas la peine de poursuivre les auteurs, pourtant souvent connus et dénoncés ?
La lutte contre l'impunité est primordiale pour endiguer cette propension endémique à la violence contre la population, en particulier féminine, et la MONUC, même si elle ne protège que très imparfaitement les civils, a son rôle à jouer. Elle apporte un appui à la justice militaire congolaise, ce qui a permis de faire juger et condamner plusieurs personnes.
Son retrait progressif, souhaité par Joseph Kabila, n'est pas de bon augure pour la population civile.
Rappelons que le conflit a fait, en quinze ans, cinq millions de morts, ce qui en fait le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale.
[1] Interhamwe : nom donné aux miliciens responsables de la plupart des massacres commis lors du génocide au Rwanda en 1994. Le terme signifie « ceux qui combattent ensemble ».
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NOTE : Ce texte est un travail étudiant. Il traite des opinions et constatations des auteurs uniquement. Il ne reflète pas les idées et la position officielle de l'Institut des hautes études sur les Nations unies, de ses administrateurs, directeurs, employés, partenaires ou des personnes consultées au cours de sa préparation.