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Le prix Nobel de la paix 2009, un encouragement au multilatéralisme
Par Atika Chahby
Controversée, la remise du Prix Nobel de la Paix au Président Obama tend à encourager l’action collective et la diplomatie mais n’aura probablement que peu d’influence sur les relations internationales.
Après les Présidents Roosevelt, Wilson et Carter, c’est au tour du Président Obama de recevoir le Prix Nobel de la Paix. « Ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples » ont été couronnés le 9 octobre dernier par le Comité Nobel norvégien, à la surprise générale, y compris celle du lauréat qui a déclaré accueillir cette distinction avec « une profonde humilité ».
L’attribution de ce prix au président américain est-elle appropriée et sera-t-elle de nature à impulser des changements concrets dans les relations internationales ?
Largement saluée par la scène diplomatique internationale, la décision du Comité Nobel a fait toutefois l’objet d’une remise en cause de la part d’une partie de l’opinion publique, la jugeant prématurée.
A la question de savoir si Barack Obama mérite ce prix, les partisans du « non » invoqueront selon une analyse littérale le testament d’Alfred Nobel rédigé en 1895, affirmant que seul celui qui a « le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la promotion de congrès pacifistes » peut légitimement recevoir cette récompense.
Or, le Président Obama a été vivement critiqué pour ne pas avoir réalisé d’action concrète à cette fin, faisant même l’objet d’un mouvement de contestation grandissant sur l’épineuse question de la guerre en Afghanistan. Aussi, l’on pourrait s’interroger sur la pertinence de l’attribution d’un tel prix consacré à la paix au président d’un pays enlisé dans des conflits majeurs en Irak ou en Afghanistan – où il envisage d’ailleurs le déploiement de troupes en renfort.
Toutefois, il est nécessaire de noter le changement de ton employé par B.Obama en vue de revenir à la coopération et au multilatéralisme. En rupture avec la pratique diplomatique de l’administration précédente, B.Obama s’emploie à accorder un rôle plus important aux institutions internationales, comme en témoigne la décision de conférer le statut de Cabinet (Cabinet-rank) au poste d’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU.
Si B.Obama poursuit effectivement ces efforts, cela pourrait améliorer le processus décisionnel au sein des institutions multilatérales, notamment à l’ONU – souvent paralysée non seulement par les contraintes liées au droit de veto des membres permanents, mais aussi en raison des positions rigides sur lesquelles campent parfois les Etats. Un nouveau climat propice à la concertation ne peut être alors que bienvenu, notamment lorsqu’il s’agit d’atteindre des objectifs tels que ceux des Nations Unies en faveur de la paix, de la sécurité internationale et de l’amitié entre les nations.
C’est dans un tel climat que B.Obama a présidé en septembre dernier une réunion du Conseil de sécurité au cours de laquelle a été adopté à l’unanimité la résolution 1887 (2009) appelant tous les Etats à devenir parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et à poursuivre les négociations sur le désarmement nucléaire.
Les efforts récompensés par le Comité Nobel sont également passés par la tentative de rétablissement d’un dialogue avec ceux considérés comme ennemis des Etats-Unis, tels que l’Iran, Cuba, la Corée du Nord ou encore par une main amicale tendue vers le monde musulman.
Toutefois, le retour des Etats-Unis vers le multilatéralisme n’annonce pas l’abandon par la première puissance mondiale de son leadership. L’on a pu constater que c’est surtout par intérêt que les Etats-Unis en appellent à la coopération – lorsqu’il est question d’obtenir de la communauté internationale des soldats en renfort pour l’Afghanistan par exemple.
Il est encore tôt pour dire si ces « efforts » sont une réussite ou non. Pour le moment, nous pouvons relever qu’un certain nombre d’entre eux se sont soldés par un échec, le dialogue engagé avec l’Iran n’a par exemple pas produit les effets escomptés et le processus de négociation pour une paix au Proche-Orient qu’a tenté d’accélérer l’administration Obama est au point mort.
La décision du Comité Nobel semble davantage être destinée à encourager les efforts en faveur de la paix qu’à récompenser le bilan d’actions réalisées. Par ailleurs, elle apparaît comme un défi lancé au Président Obama : après les déclarations de bonnes intentions, le degré d’exigence de l’opinion publique à l’égard de l’action de l’administration américaine n’en est qu’accentué. Il serait par exemple délicat et contradictoire pour le Nobel de la paix de renforcer l’effort de guerre en Afghanistan. Cependant, s’il y renonce, cela pourrait être perçu comme un signe de faiblesse dans sa lutte contre les talibans.
Enfin, elle est le reflet des espoirs et de l’engouement suscités par le personnage de B.Obama à travers le monde. Notons que le champ de la paix ayant un caractère universel, aucune distinction tenant à la nationalité, au sexe, aux origines sociale ou encore ethnique des individus ne devrait être relevé. Ainsi, il apparait inapproprié de souligner qu’Obama est le douzième lauréat noir d’un prix Nobel. Toutefois, le changement ayant été au cœur de sa campagne présidentielle, il est indéniable que l’élection d’un président noir à la tête d’un pays dont l’histoire est violemment marquée par des siècles d’esclavagisme et de racisme contribue à faire d’Obama une icône du renouveau américain. Ce prix ratifie l’idée qu’Obama est porteur d’une puissante symbolique d’espoir de réconciliation entre les peuples, les uns (comme Desmond Tutu) allant même jusqu’à le comparer à « un jeune Mandela ».
Par ce choix politisé, le Comité norvégien a cherché à influencer la politique et les relations internationales. Toutefois, cela ne saurait en rien bouleverser fondamentalement l’état de ces dernières. Le recours à la force, les décisions unilatérales affectant la diplomatie, les intérêts économiques des Etats-Unis ne s’effaceront pas au profit de la paix par la simple récompense octroyée à Obama. Face à cette réalité, il semblerait habile pour l’administration Obama – afin de ne pas causer de trop profondes déceptions au sein de l’opinion publique – de promouvoir et d’œuvrer en faveur de l’idée de Martin L.King selon laquelle la paix n’est pas simplement l’absence de conflit mais la présence de la justice.
NOTE : Ce texte est un travail étudiant. Il traite des opinions et constatations des auteurs uniquement. Il ne reflète pas les idées et la position officielle de l'Institut des hautes études sur les Nations unies, de ses administrateurs, directeurs, employés, partenaires ou des personnes consultées au cours de sa préparation.