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La République islamique iranienne, au bord de l’implosion ?

Par Delphine Weil-Accardo

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Loin des considérations nucléaires qui valent à la République islamique une méfiance partagée par l’ensemble des États de la Communauté Internationale, aujourd’hui s’exprime avec force le potentiel démocratique de la société iranienne.

Souvent décrié pour sa mauvaise foi soupçonnée en matière d’exploitation de l’énergie nucléaire, l’Iran, se trouve sur le point d’imploser à mesure que le mouvement civil de contestation contre le régime et ses dirigeants se renforce. Un vent de liberté souffle sur l’Iran.

Le mécontentement ne date pas d’hier.

Dès la révolution islamique de 1979, un élan de contestation prit forme, avec pour leader de renom Montazeri. À l’origine théoricien de la doctrine subordonnant le pouvoir temporel au pouvoir spirituel et successeur désigné du guide de la révolution Khomeiny, il verra toutefois son titre de Dauphin remis en cause lorsqu’il osa défier le guide suprême. Dénonçant les dérives autoritaristes du régime comme l’oppression menée, Montazeri ira jusqu’à déclarer que « la République islamique d’Iran n’a rien d’islamique ni de républicain, c’est un gouvernement militaire » [1].

Aujourd’hui, le mouvement vert semble prendre la suite de ce guide d’une révolution en marche, dont la mort, au 19 décembre 2009, a ravivé la ferveur de l’opposition iranienne.

Toutefois, plus tôt la critique ne se dirigeait pas contre le régime islamique en lui-même. Montazeri refusait la concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme, y préférant la collégialité de l’interprétation de l’islam. Or désormais c’est le poids du religieux dans la prise de décision politique qui semble être remis en question. La doctrine (wilayat al-faqih ) de la République islamique initiée par Khomeyni, alliant pouvoir temporel et autorité religieuse au sein d’une seule institution, ne fait plus recette.

Néanmoins certaines interrogations restent en suspens : quelles sont clairement les revendications et qui en est le leader ? Si le mouvement vert prit naissance, en termes d’expression publique de son mécontentement, face à la suspicion de fraudes électorales qui permirent la réélection du chef d’État sortant, Mahmoud Ahmadinejad, il dépassa rapidement ce point de départ. Aujourd’hui, la contestation regarde au delà des personnes : pour certains il ne s’agit plus de changer de dirigeants, il s’agit de changer de régime. La République islamique iranienne, héritée de la révolution de 1979, est alors désignée tel l’oppresseur. « Le problème du régime iranien, c’est le régime iranien lui-même » [2].

Mais cette opinion ne transporte pas l’ensemble des iraniens, pour d’autres il n’est pas question de changer de régime, celui-ci cristallisant un compromis entre poids de la tradition et aspirations démocratiques. Le rappel des réformateurs aux postes de commandement du régime pourrait suffire à satisfaire l’opposition.

Les incertitudes du mouvement en marche peuvent justifier l’absence de leadership assumé, puisque aucune personnalité n’a pris la tête du mouvement de protestation, pas même l’un des candidats malheureux aux élections présidentielles de juin 2009, Mehdi Karoubi ou Mir Hossein Moussavi.

Face à l’usage croissant de la violence par le gouvernement à mesure du renforcement de l’élan protestataire, bon nombre d’iraniens craignent une radicalisation du mouvement.

Même si, comme l’affirme Hazem Saghieh, « un régime dont la répression est le principal facteur de survie est condamné à mourir à plus ou moins long terme » [3], la tentation est grande, pour certains, de basculer dans cette même violence pour parvenir à se faire entendre.

Mais au delà de cette radicalisation envisageable, il est un atout que l’opposition ne s’aurait négliger.

L’Iran au carrefour des mondes arabe, turc et indien détient une composition multiethnique de sa population. Cette donnée n’est pas sans incidence puisque la politique chiite menée par le pouvoir central fit naître des mécontentements de part et d’autres en territoire iranien. Ces revendications distinctes détiennent peu d’influence isolées, mais à l’inverse, pèsent d’un poids certain ralliées les unes aux autres.

Il s’agit là d’un élément stratégique que le mouvement vert devrait exploiter au mieux puisque le ralliement de l’ensemble des mécontents, assurerait davantage de succès. Du bon usage des mouvements ethniques, religieux, minoritaires et indépendantistes, dépendra la victoire.

Cependant les conséquences d’une telle union circonstanciée seraient de taille puisqu’en contre partie les communautés ainsi ralliées attendraient un gain d’autonomie, un meilleur partage des richesses à leur bénéfice, si ce n’est l’obtention définitive d’une indépendance pure et simple.

Enfin est à reprocher la passivité de la Communauté internationale alors que la répression du régime iranien se fait plus brutale et meurtrière chaque jour, et que des représailles sont promises.

Cette attitude coupable de la Communauté internationale transige nettement avec son habituel emballement dès qu’est en cause le programme nucléaire iranien. Désireuse de ne pas fâcher un État, classé par l’Administration Bush au rang d’État terroriste de l’ « axe du Mal [4] » au même titre que l’Irak, la Communauté internationale peut apparaître tel le complice de l’oppresseur.

Sous prétexte de souveraineté pour l’un et de non ingérence pour les autres, la société iranienne souffre de tous ses maux mais persiste dans son entêtement à se sauver elle-même. Toutefois, pour l’Iran, pays animé d’un fervent nationalisme, toute prise de partie serait immédiatement perçue telle une intrusion étrangère, rejetée avec mépris et bellicisme.

Pourtant l’Iran gagnerait certainement à changer. L’Iran, déchu de son statut de République islamique, verrait probablement diminuer son rôle de leader du monde chiite. En revanche, par une démocratisation accrue de son régime, l’Iran pourrait constituer un nouveau pôle de stabilité dans un ordre multipolaire, renouant avec ses rêves passés de puissance régionale du Moyen-Orient.

[1] Citation extraite de « La religion ne protègera pas le clergé » par Mehdi Khalaji, The Washington Institute for Near east Policy, Washington

[2] « Les mollahs ne font plus recette » par Abbas Milani, The Wall Street Journal, NY

[3] « Irrésistible vent de liberté » par Hazem Saghieh, Now Lebanon, Beyrouth

[4] Dans son discours sur l’état de l’Union du 29 janvier 2002, le chef d’Etat américain, M. George W. Bush, évoqua un « axe du Mal » constitué, selon lui, par l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord.

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NOTE : Ce texte est un travail étudiant. Il traite des opinions et constatations des auteurs uniquement. Il ne reflète pas les idées et la position officielle de l'Institut des hautes études sur les Nations unies, de ses administrateurs, directeurs, employés, partenaires ou des personnes consultées au cours de sa préparation.