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Conséquences et enjeux humanitaires du démantèlement de la “jungle” de Calais
Véritable « plaque tournante du trafic d'êtres humains » selon le Ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Éric Besson, le démantèlement de la « jungle » de Calais était impératif. Sa fermeture ainsi que l'expulsion de trois afghans le 20 octobre dernier, attestent de la fermeté avec laquelle le gouvernement français entend mener sa politique migratoire.
Force est de constater que la fermeture de la « jungle » a toutefois déclenché une véritable urgence humanitaire et qu'elle ne marque en rien la fin du phénomène de migration irrégulière. C'est par l'immigration forcée que choisit de réagir le gouvernement français, face à l'occupation de son territoire par plusieurs dizaines de personnes en situation irrégulière.
Encouragée par le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les Réfugiés (UNHCR), la France s'est engagée à assurer aux personnes souhaitant demander une protection internationale en tant que réfugiés, d'accéder à une procédure d'asile complète et équitable. La législation européenne semble priver plus d'un migrant d'un tel traitement. L'application du règlement Dublin II est en effet catégorique en ce qu'il prévoit de renvoyer le migrant vers le premier pays européen par lequel ce dernier a transité. Le HCR et quelques autres associations recommandent donc la suspension de ce règlement afin que la France étudie elle-même les demandes d'asile, plutôt que de renvoyer les clandestins dans des pays transits tels que la Grèce ou l'Italie. Les organisations internationales dénoncent en effet régulièrement les pratiques d'asiles et les conditions de rétention déplorables de ces pays. D'autres candidats à l'asile sont pour différentes raisons inhérentes au droit d'entrée et de séjour sur le territoire français, déboutés de leurs demandes. Ils sont ainsi reconduits de force dans leur pays d'origine, comme pour ces trois Afghans renvoyés le 20 octobre dernier, à bord d'un avion britannique transportant une vingtaine d'autres Afghans vers Kaboul.
Par ailleurs, le renvoi dans leur pays est problématique puisqu'il s'oppose à la Convention de Genève du 28 Juillet 1951, qui rend normalement impossible le retour forcé de personnes dans un pays au sein duquel son intégrité physique est menacée. Malgré cela, aux vues des renseignements dont disposait la Commission européenne, les principales conditions d'expulsion étaient remplies. La Commission européenne avalise l'initiative du gouvernement français, qui réaffirme la fermeté de ses choix politiques.
Cependant, les conditions de vie aux abords du camp démantelé restent déplorables et la situation au long terme des expulsés, dans un pays aussi instable que l'Afghanistan, continuent d'inquiéter les Nations-Unies.
La Grande-Bretagne, par opposition, est indifférente à cette tempète politique et considère cette expulsion comme un “non-évènement”, déclare Hanna Ward du Refugee Council. En outre, les autorités britanniques reprochent au gouvernement français son manque d'efficacité en matière d'expulsion, elles qui renvoient une dizaine d'Afghans chaque semaine.
Scandale politico-médiatique dans l'héxagone, non-évènement de l'autre côté de la Manche, l'affaire de Calais souligne le manque d'harmonisation de la législation européenne en matière de flux migratoires, au détriment toujours, des demandeurs d'asile.
La mise en place de normes communes demeure un vaste chantier et les demandeurs d'asile continuent de recevoir des traitements différents à travers l'Union européenne.
Devenue en outre, emblématique de la détresse des clandestins prêts à tout pour rejoindre l'Angleterre, les côtes de Calais restent le passage obligé avant l'embarquement espéré.
Le démantèlement de la « jungle » ne marque donc en rien l'arrêt des migrations irrégulières et maintient dans la précarité la plupart des réfugiés expulsés du bidonville, trop nombreux à n'avoir pu obtenir d'hébergement temporaire décent.
NOTE : Ce texte est un travail étudiant. Il traite des opinions et constatations des auteurs uniquement. Il ne reflète pas les idées et la position officielle de l'Institut des hautes études sur les Nations unies, de ses administrateurs, directeurs, employés, partenaires ou des personnes consultées au cours de sa préparation.